Conseils d'un ex-alcoolique qui s'en est sorti grâce à la course (Rue89.com)

Publié le par avchd-bruno

Ramses Kefi
Journaliste
 

Jean-François Lajeunesse, novembre 2010 (DR)

 

Jean-François Lajeunesse, 55 ans, avait pris contact avec nous pour la première fois il y a un an. C'était par mail. Quelques lignes, pour raconter son histoire, celle d'un alcoolique que la course à pied a guéri. Il nous fait aussi parvenir deux photos, pour constater sa métamorphose. Avant, et après.

Avant, c'était en 1998. Depuis le début des années 80, Jean-François est alcoolique. Jamais ivre, car il supporte « plutôt bien », mais dépendant. Il pèse plus de 100 kilos, fume 40 cigarettes et boit jusqu'à 6 litres de vin par jour.

Le sport, un déclic

Jean-François, alors courtier indépendant et conseiller municipal dans la région de Nantes, passe tout son temps dans les bistrots. Il en oublie de travailler. Viennent les dettes, l'isolement, puis le divorce, et une nouvelle compagne qui le met dehors. Tous les alcooliques guéris ont un « déclic » à raconter. Pour lui, c'est en 2001 :

« Mon fils, qui était ado à l'époque, me raconte qu'il vient de faire un footing. Et là, je m'effondre, je ne sais pas pourquoi. Je me rends compte que je ne suis même plus capable de mettre un pied devant l'autre. J'ai pleuré. »

Il décide que le sport sera sa thérapie. Pour se rapprocher de son fils, mais aussi de lui-même. De son corps, qu'il ne sent plus. Jeune, il était plutôt sportif, même bon coureur. Il y a longtemps.

La joie d'être fatigué sainement

Il se dit qu'il doit se fixer « au moins un objectif » pour ne pas définitivement sombrer :

« C'était la course ou me foutre en l'air car je n'étais plus bon à rien. Je n'aurais pas supporté un autre échec. Il fallait que j'arrive à courir. »

En quinze jours, il arrête de boire et de fumer. Des tremblements, le manque, et la volonté « de se réapproprier son corps qui l'emporte » dès qu'il refait ses premières foulées. Il savoure sa joie d'être de nouveau fatigué sainement :

« Au début, je marchais près de deux heures. C'était tellement bon de faire des kilomètres, de respirer. Le premier jour, en rentrant éreinté, je me suis rappelé cette époque où j'étais juste quelqu'un de normal. »

Il se remet à courir. Progressivement, à son rythme. Au départ, le souffle manque. Il faut réapprendre à respirer. A faire avec le froid ou la chaleur, qu'il a ressenti pendant vingt ans de manière plus ou moins artificielle. La dépendance à la course a remplacé celle à la bouteille.

Initier les alcooliques à la randonnée

Entre 2001 et aujourd'hui, il a perdu 40 kilos. Pas de régime particulier. Comme il prend l'habitude de courir quatre fois par semaine, la course lui impose très vite une hygiène alimentaire :

» Avec le sport, mon corps avait de nouveau les besoins normaux d'un homme normal. L'hygiène alimentaire se remet en place d'elle-même. »

Au gré de ses footings sur les bords de l'Erdre, il rencontre d'autres coureurs. Au départ, et jusqu'en 2007, il ne s'inscrit pas en club. Il s'entraîne seul. Mais des liens se tissent avec ceux qui, comme lui, marchent et courent régulièrement. Il en fait l'une des clés de sa guérison :

» Le sport est une réaction en chaîne. Vous hésitez à deux fois avant de vous servir un verre parce que vous culpabilisez. Vous êtes tellement fier de ce que vous avez accompli. Vous avez envie de recommencer. Vous apprenez aussi à vous ouvrir, à vous confier. »

Ses conseils : du sport le matin et en club

Il retourne souvent dans les bistrots pour s'enquérir du sort de ses anciens et les initier à sa thérapie par le sport, lui qui a récemment créé son entreprise de conseil sportif et écrit un livre, « Perles d'or sur champ de vie ». Leur apprendre à sortir de leur monde. Dans un premier temps, il leur conseille de s'inscrire dans un club de randonnée pour reprendre en douceur et rencontrer d'autres personnes :

« Quand vous êtes dans un club, vous prenez des engagements. Vous savez que des gens vous attendent. Si deux ou trois coéquipiers vous donnent rendez à 9 heures du matin, vous irez, au moins par politesse. Petit à petit, vous y prendrez goût. Votre corps aussi. Et puis, vous avez à qui parler. »

Et de privilégier le matin pour une activité sportive, plutôt que le soir :

« Quand vous vous dépensez tôt, au moins, c'est fait. Et ça détermine tout le reste de votre journée. Quand vous attendez le soir en revanche, vous êtes tenté de boire. Après deux verres, vous n'avez plus trop envie de faire du sport. »

Il aborde la question du découragement. « Se réveiller un matin, et se dire que finalement, on n'y arrivera pas ».

Puis iI énumère ses performances, pas peu fier. Son challenge, c'est le championnat de France de semi-marathon (21,1 km) l'an prochain. Il me raconte ses progrès. Ses premiers 10 km, en 2004, qu'il termine en un peu moins de 56 minutes, et son marathon à Vannes, en mai 2010, à 53 ans, bouclé en 3h22 :

» Aujourd'hui, je ne suis qu'à 3 minutes des minima pour les championnats de France de ma catégorie. Je suis un athlète à part entière. »

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