Entre sport et communisme, la guerre n'a pas lieu (Rue89.com)

Publié le par avchd-bruno

Entre sport et communisme, la guerre n'a pas lieu

Jon Elizalde
Journaliste
 

Un timbre des années de l'URSS (1963) (woody1778a/Flickr)

 

Les communistes aiment le sport. Ceux de l'URSS en avaient fait une force de frappe, la vitrine de leur puissance. Et en France, George Marchais lui-même avait la « chair de poule » devant « l'effort de l'athlète ».

Mieux que quiconque, le secrétaire général du PCF (1972-1994) a su déclarer sa flamme aux Jeux olympiques – surtout lorsque ceux – ci étaient organisés à Moscou, comme en cette année 1980.

« Y en a qui choisissent la drogue, moi je choisis les Jeux olympiques ! »

 

C'était il y a des années-lumière, en temps politique du moins. Bien loin des bolcheviks et de la Révolution d'octobre, les communistes français de 2011 ont toutefois gardé intacte une foi inconditionnelle en la vertu sport.

Le sport pour tous, le sport de masse, celui qui épanouit le corps et l'esprit. Celui qui forme et éduque, plutôt que celui des sommets, qui enrichit encore et encore ceux qui y sont parvenus. Les amateurs avant les pros, le peuple avant l'élite.

A Vitry-sur-Seine, 84 000 habitants, communiste depuis 1944, on a bien vu passer des Jérémy Menez et Jimmy Briand dans les équipes de jeunes du foot local. Mais impossible de les retenir, car ici, pas de club de premier plan. Une volonté politique à la fois idéologique et pragmatique : à Vitry, on ne roule pas sur l'or alors le sport pro, ça attendra.

Jean-Claude Kennedy, premier adjoint au maire, chargé des sports, explique :

« Nous refusons le sport-spectacle, ses structures déconnectées du sport de masse, sa logique d'entreprise pure et simple avec des notions de rentabilité et de résultats, où la part sportive passe parfois au second plan, et où celui qui met l'argent est le décideur. »

Certes, le sport-business, « on sait que ça existe, mais on n'est pas obligé de sauter dedans à pieds joints ».

A la Courneuve le football américain est roi

Même idée de l'autre côté du périph », à La Courneuve, où on ne recense pas de clubs dans le haut du panier. Ah, si : dans la rouge banlieusarde, hôte de la Fête de l'Huma, le sport roi… c'est le football américain.

En fait, tout n'est pas si simple. La place du sport professionnel est un sujet récurrent de débats au sein du PCF. Car, communistes ou pas, les villes savent que, pour leur image et leur notoriété, une équipe du haut du tableau vaut mille plans de com'.

Qui connaîtrait Guingamp ou Bourgoin-Jallieu sans leurs footeux et rugbymen ?

Pour développer un club d'élite sans laisser de côté la base, les amateurs, mieux vaut disposer d'un porte-monnaie bien garni. Au-delà des étiquettes, voilà le vrai facteur de différenciation entre les politiques mises en œuvre.

A Nanterre, l'argent manque moins qu'ailleurs – merci La Défense, en partie sur son territoire. Soutenir le club de basket, qui vient de monter en Pro A, était donc envisageable, financièrement parlant.

Mais le maire, Patrick Jarry, l'affirme : la mairie n'aurait jamais apporté son soutien à un club monté de toute pièce, artificiellement, par un riche mécène. Là, c'est différent :

« Il y a 20 ans, c'était un petit club de quartier qui jouait en division départementale. Grâce à une spirale d'encadrement et de formation, le club a franchi toutes les étapes. C'est exceptionnel.

On soutient un vrai projet global, qui sort des entrailles de la ville, avec 350 basketteurs, pros et amateurs, dans le club. »

A Nanterre, la mairie lâche un million d'euros

N'empêche, la mairie lâche environ un million d'euros pour celui-ci. Le reste du monde, c'est-à-dire les 8 400 licenciés de l'Entente Sportive de Nanterre, se partage une subvention de 985 000 euros. Le prix à payer, défend Patrick Jarry, pour prouver qu'« 'en banlieue on peut réussir, que l'excellence n'est pas réservée aux autres. »

C'est aussi la ligne dont n'a jamais dévié Marie-George Buffet, ex-ministre des Sports (1997-2002) et ex-secrétaire nationale du PCF (2001-2010) :

« Pourquoi un gamin ou une gamine des quartiers n'aurait pas droit d'accéder à l'élite ? Il ne faut pas avoir une vision misérabiliste de la pensée communiste. Nous voulons, aussi, la réussite de chacun. »

L'important, c'est de « maintenir l'unité fédérale », autrement dit de ne pas dissocier le monde professionnel de l'amateur.

« Il s'agit de ne pas laisser le sport professionnel qu'aux marchands, et de garder un contrôle sur celui-ci, pour le réguler, l'assainir. »

A Boulazac, gros village du Périgord, il y a une équipe de basket. Et pas n'importe laquelle : le cinquième budget de Pro B en 2010-2011- près de deux millions d'euros, dans une commune de 6 500 habitants !

Les choses étant bien faites, le président du club et le maire communiste de la ville ne sont qu'une seule et même personne : le truculent Jacques Auzou. Qui assume, sans problème.

« Je ne comprends pas ce débat. Il n'y a aucune contradiction entre la base et l'élite, seulement une complémentarité. L'un ne se développe jamais au détriment de l'autre : la montée en puissance du basket a tiré tout le monde vers le haut, on a quand même 2 000 licenciés ! »

L'édile évoque même des « choix stratégiques municipaux » et un cercle vertueux :

« Le basket nous offre une renommée, qui attire des entreprises, et permet le développement économique. Tout est en tout. »

Pas de foot, pas de foot, pas de foot

On peut donc être de gauche et accepter un recrutement clinquant, notamment de joueurs américains ?

« Le salaire moyen d'un basketteur est de 4 500 euros, répond Jacques Auzou. On est quand même bien loin de Paris ou de Lyon en foot ! »

Le foot. Pour tous, c'est une sorte de limite à ne jamais atteindre, le symbole d'une professionnalisation qui serait allée beaucoup trop loin, et à laquelle ils ne pourraient souscrire.

Il y a bien eu le HAC (Havre athletic club), intimement lié à la ville du Havre quand elle était sous majorité PCF. Mais c'était une autre époque. Bien loin de Cristiano Ronaldo et Ribéry. En temps sportif, du moins.

Certes, Marie-George Buffet n'est pas allergique au ballon rond. Elle confesse avoir tout tenté, lors de son mandat ministériel, pour que le Red Star (le bien-nommé), basé à Saint-Ouen, autre ville de la ceinture rouge, soit désigné club résident du Stade de France. En vain.

« J'espère toujours, ce serait un symbole formidable pour le 93 ! Mais d'un autre côté, “je suis pour réglementer beaucoup plus le football professionnel. Il faut limiter les salaires et les transferts. Sinon, la bulle du foot aussi va exploser.”

Le maire de Nanterre en est lui aussi convaincu :

“Les sommes gagnées par les footballeurs sont inacceptables. Là, on est complètement dans le déraisonnable, le sport y perd son âme.”

Pas de problème en revanche avec le rugby : en 2014, c'est à Nanterre que s'installera le Racing-Métro… Un club avec un gros mécène, qui l'a un peu (re)monté de toutes pièces à son arrivée.

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