Médaille ou diplôme, le dilemme du sportif de haut niveau

Publié le par avchd-bruno

 

Médaille ou diplôme, le dilemme du sportif de haut niveau

Publié le 14-09-11 à 17:49 Modifié le 15-09-11 à 12:29 par Le Nouvel Observateur Réagir

Aya Cissoko, championne de boxe et diplômée de Sciences-Po, raconte sa solitude au moment de lancer sa carrière.

 
Gants de boxe suspendus dans le gymnase de La Vega, à Caracas, le 18 mars (Carlos Garcia Rawlins/Reuters).

Article publié par Aya Cissoko sur Rue89 Sport

 

Née en 1978 de parents maliens, Aya Cissoko a été championne du monde de boxe française puis anglaise avant d'être diplômée de Sciences Po Paris. Elle est l'auteure, avec Marie Desplechin, d'une autobiographie : « Danbé ».

 Elle y raconte la mort de son père et de sa petite soeur dans un incendie criminel lorsqu'elle avait 8 ans, sa passion pour la boxe et la fulgurance de ses succès sportifs, la fin brutale de sa carrière et sa haine de l'injustice.


Au sortir de l'enseignement secondaire, nombre de sportifs de haut niveau (SHN) sont mis en demeure de choisir entre scolarité et carrière sportive. Car il y a une incompatibilité entre la poursuite d'études et la préparation d'un avenir professionnel dans le sport.

Une impossibilité de concilier le rythme effréné des entraînements, des compétitions et un emploi du temps universitaire ou une autre formation. Qui plus est, l'accès aux études supérieures coïncide généralement avec le passage dans la cour des grands pour l'athlète. Le choix devient donc cornélien : sport de haut niveau ou poursuite des études ?

Je n'ai pas échappé à ce dilemme. J'avais 19 ans. J'accusais près d'une dizaine d'années de pratique de la boxe française (savate), presque autant en tant que compétitrice. Je n'appartenais à aucune structure comme l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) ou autres Creps (Centres de ressources, d'expertise et de performance sportive).

J'ai fait une pause de deux ans dans mon activité sportive

La prise en charge des sportifs diffère selon qu'ils appartiennent ou non à une de ces entités. Après plusieurs mois sur les bancs de la faculté d'histoire où je ne bénéficiais d'aucun avantage du fait de mon statut d'athlète, tout en m'entraînant jusqu'à deux fois par jour en période de compétition, j'ai dû opérer un arbitrage. Et ce fut le sport. C'était maintenant ou jamais.

Une carrière de sportif est éphémère. Ce pragmatisme a été récompensé en fin d'année puisque je remportais mon premier titre de championne du monde. Le prix à payer a été le sacrifice d'une année de ma scolarité.

Toutefois, j'ai pris la décision en fin de saison de faire une pause de deux ans dans mon activité sportive pour me focaliser sur mes études. J'étais trop consciente que je risquais d'hypothéquer ma vie, celle qui suivrait la fin de ma pratique sportive.

Cette trêve m'a permis d'entreprendre une formation "diplômante" de deux ans, un BTS comptabilité/gestion en alternance, qui m'a offert l'opportunité d'intégrer le milieu professionnel.

Les galères de l'ancien rugbyman Raphaël Poulain

Mon cas n'est pas isolé. Je discutais récemment avec une amie athlète, boxeuse et étudiante en journalisme, dont l'ambition est d'obtenir une qualification pour les JO de Londres. Elle me confiait comme il lui était difficile de faire admettre à son établissement les contraintes d'un emploi du temps d'athlète, mais aussi au staff fédéral qu'elle avait des obligations autres que sportives. Elle connaissait une période de stress intense, accompagnée d'insomnie et d'irritabilité.

Ou cette autre copine, escrimeuse, qui après moultes tergiversations, prit la décision de mettre un terme à sa carrière. L'envie n'était plus là et la pression de l'après-sport se faisait plus prégnante. Cette décision occasionna la fin du versement de ses primes (dû à son appartenance au Creps), qui lui étaient indispensables pour vivre. Il lui fallut trouver en urgence un emploi alimentaire.

L'autre risque inhérent à la pratique assidue d'une discipline est la blessure qui peut sonner le glas d'une carrière. Dans ce cas de figure, la peine est double si le sportif n'a pas préparé ses arrières. Une réalité racontée parRaphaël Poulain, ancien rugbyman professionnel sans diplôme, dans un livre intitulé "Quand j'étais Superman".

L'auteur revient sur son ascension aussi inattendue que fulgurante, les blessures, l'obligation de raccrocher les crampons. S'ensuit l'abandon, le vide, la nécessité de survivre qui le contraint à vendre des reliques de sa gloire passée dans un vide-grenier du XIVe arrondissement où il réside.

Un taux d'insertion professionnelle à 78%

Certains acteurs ont un rôle fondamental dans le processus décisionnel de l'athlète. Il s'agit des entraîneurs et fédérations qui ont le devoir d'informer les jeunes athlètes en bon père de famille. Mais ce discours de responsabilisation est peu courant.

Soyons clairs : les fédérations et les clubs veulent des athlètes concentrés. Ils n'ont aucun intérêt à avoir un sportif qui s'éparpille, accaparé par d'autres obligations. L'athlète doit être entièrement dévoué à la performance. Il n'existe aux yeux de l'institution que parce qu'il est compétitif. Ce postulat est d'autant plus vrai dans les disciplines où l'argent abonde. A qui incombe donc la responsabilité du devenir socioprofessionnel de l'athlète ?

Actuellement, la France compte 7.071 sportifs de haut niveau, selon les chiffres communiqués par le ministère de la Jeunesse et des Sports, dont 179 en catégorie reconversion. Un indicateur de performance a été mis en place par le Bureau du sport de haut niveau afin de connaître le taux d'insertion professionnelle des athlètes en fin de carrière. Celui-ci était de 78% en 2010.

Les prévisions pour 2011 sont de 80% avec un objectif annoncé de 85% pour 2013. Mais cet outil a ses limites : l'athlète sort des statistiques deux ans après sa dernière inscription sur la liste des sportifs de haut niveau et les données sont issues d'une enquête réalisée auprès des directeurs techniques nationaux (DTN) et non des principaux intéressés.

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