A quoi pensent les athlètes quand ils courent ? (Rue89.com)

Publié le par avchd-bruno

Ruminants 04/11/2011 à 16h57

A quoi pensent les athlètes quand ils courent ?

Renée Greusard
Journaliste
 

A la télévision, on les voit sur des pistes d'athlétisme, en montagne ou sur des routes. Parfois leur effort est long, deux heures ou même une journée. Et que se passe-t-il dans ces têtes ? Y a-t-il parfois une liste de courses alimentaires qui se balade ?

C'est le sujet qu'a joliment abordé par Haruki Murakami dans son « Autoportrait de l'auteur en coureur de fond ».

Un livre écrit après avoir lu un article sur les mantras (dans l'hindouisme et le bouddhisme, syllabe ou phrase sacrée), que se récitaient de célèbres marathoniens durant leurs courses.

« L'un des participants se répétait une sentence que lui avait apprise son frère aîné – lui même coureur – et sur laquelle il avait réfléchi depuis ses débuts de coureur.

Voilà quel était son mantra. “Pain in inevitable. Suffering is optional.” La nuance exacte est difficile à rendre en français, mais si je tente de traduire le plus simplement possible, cela donne : “On ne peut éviter d'avoir mal. Il dépend de soi de souffrir ou non.” »

Dans la rédaction nous avons bien trouvé mignon rigolo le journaliste qui racontait qu'enfant, il énumérait et imaginait ses cadeaux de Noël pendant les séances d'endurance, avant de se justifier :

« Mais c'est parce que ma maman me faisait des cadeaux surprises. »

Puis, intrigués par ce mystère de la course, nous avons posé la même question à quatre coureurs professionnels :

« A quoi pensez-vous quand vous courez ? »

1

Yohann Diniz

« En entraînement, tu penses souvent aux Jeux olympiques »

 

Yohann Diniz est un marcheur athlétique. Il a été deux fois champion d'Europe, en 2006 puis en 2010. En 2007, à Osaka (Japon), au championnat du monde d'athlétisme, il a emporté une médaille d'argent sur un 50 km.


Yohann Diniz, le 30 juillet 2007 à Barcelone (Albert Gea/Reuters)

« En entraînement, tu penses à l'objectif que tu t'es fixé, souvent aux Jeux olympiques. En fait, tous les matins, tous les jours avant les Jeux, c'est la pensée qui occupe l'esprit.

Quand on coure, si on est déjà allés sur le circuit, on s'imagine en compétition, face aux adversaires. On établit des schémas de course. Il faut s'imaginer chaque réaction de son adversaire et toutes les stratégies possibles à adopter selon son changement d'attitude. Est-ce qu'il accélérait ou est-ce qu'il garderait le même rythme ? On essaye d'apporter une solution à tout. Et le jour de la compétition, le but c'est de ne pas être surpris.

Toute l'année on met en place ces schémas de course et le jour J le cerveau les pense automatiquement. »

2

Adrien Cassagnes

« Je me récite les verbes irréguliers »

 

Adrien Cassagnes est marcheur cadet de 10 km. Après une belle performance à Marmagnes (47m32s), il s'est offert sa toute première sélection en équipe de France au championnat du monde à Lille.


Adrien Cassagnes, marcheur 10 km cadet (DR)

« On pense beaucoup ! Une heure et demie, c'est quand même long. Il faut s'occuper un peu. A l'entraînement, parfois, on met de la musique pour ne pas s'ennuyer. Moi, je suis en terminale S et quand j'ai un contrôle le lendemain, je révise. Je me récite les verbes irréguliers.

Evidemment, en compétition, c'est différent. Là, on passe sa course à l'analyser. Il faut être toujours dans le calcul, se demander si on n'est pas parti trop vite, si on doit suivre le rythme de la personne devant nous, si on ne fait pas de faute technique. Il faut réfléchir rapidement, prendre des décisions vite. Quand arrive la fin de la course, je m'encourage. Je me dis : “Allez, tiens, il ne te reste plus qu'un kilomètre.” »

3

Christelle Daunay

« Il y a un peu de maths à faire parfois »

 

Christelle Daunay est une coureuse de fond, championne de France 2011 sur 5 000 m. Elle détient le record de France du marathon, avec une performance de 2h24m22s.


Christelle Daunay, marathonienne, championne de France 2011 sur 5 000m (DR)

« J'écoute mes sensations, la vitesse à laquelle je vais pouvoir accélérer. Une course, ce n'est pas une balade. A l'entraînement, je pense à la façon dont je vais organiser ma journée après le travail. En compétition, on ne fait pas la liste des courses : on pense à son chrono de vitesse, au but qu'on s'est fixé. On est concentrés à 100%.

Il y a même un peu de maths à faire parfois, notamment sur les temps de passage pour voir si on est encore bon.

Dans les moments difficiles, il faut trouver de la force pour aller de l'avant. Je me raccroche aux choses positives, à mes proches. Au marathon de Chicago, j'ai pensé aux gens de ma famille qui étaient devant leur ordi et regardaient la course. »

4

Erik Clavery

« Quand est-ce que je vais me ravitailler ? »

 

Erik Clavery est champion du monde de trail (course à pied dans la nature : chemin forestier, chemin de montagne, chemin côtier, chemin agricole, chemin longeant un cours d'eau, etc.).


Erik Clavery, champion du monde de trail (DR)

« A l'entraînement, on se laisse aller à une pensée vagabonde. On pense aux tracas, aux plaisirs de la vie, à sa situation de famille, aux histoires de couple. Comme on s'absente beaucoup pour les courses, on essaie de prévoir des sorties, des repas en famille. Bref, des moments agréables.

En compétition, je me concentre sur mon épreuve, mon ressenti et ma façon de courir.

Sur des grosses courses qui durent 23 heures, j'en profite pour regarder le paysage. C'est une aventure. Il y a aussi toute la question de la gestion de la course. Quand est-ce que je vais me ravitailler ?

Quand je me dis que je n'y arriverai jamais, ça m'arrive aussi de me crier dessus pour me motiver. J'ai tendance aussi à m'imaginer des situations. C'est toujours un scénario positif : je me vois le premier à franchir la ligne, j'ai les bras levés de la victoire. On est obligés de penser à des choses positives, sinon c'est impossible de tenir. »

Commenter cet article